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 Numéro  34 | Août 2008

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Apprentissage et développement organisationnel

D’innombrables organisations ont expérimenté de nouvelles manières d’améliorer leur performance par le biais de l’apprentissage, depuis que Peter Senge a provoqué une véritable révolution en 1990 en publiant La Cinquième Discipline, l’art et la manière des organisations qui apprennent.

Bien que Senge se base surtout sur des expériences dans le secteur privé (et les enseignements qu’il en a tirés), son ouvrage a inspiré de nombreuses personnes actives dans le secteur à but non lucratif. Cependant, au moins deux facteurs font que l’apprentissage dans les organisations actives dans le domaine du développement pose un certain nombre de challenges spécifiques.

Premièrement, ces organisations ne disposent généralement pas d’indicateurs clairs, tels que chiffre d’affaires, bénéfices ou parts de marché, pouvant alimenter et orienter les processus d’apprentissage. Leurs objectifs sont souvent formulés en termes « flous », assez généraux, ce qui complique grandement leur tâche quant à l’orientation à donner à l’apprentissage. Elles opèrent en effet dans un domaine où la « bonne performance » est une notion qui se prête mal à une définition claire.

Deuxièmement, c’est aussi un domaine où l’« autosatisfaction » peut perdurer beaucoup plus longtemps. Dans le secteur privé en effet, la nécessité de l’apprentissage est constamment alimentée par des indicateurs à court terme tels que : parts de marché, bénéfices ou pertes, et dividendes à verser aux actionnaires. Pour les organisations à but non lucratif, l’apprentissage requiert au contraire une démarche consciente et active, la prise délibérée à un moment donné de la décision d’analyser la performance et d’identifier où et de quelle manière des améliorations sont possibles. L’absence d’une telle démarche n’est pas sanctionnée (à court terme du moins), comme elle l’est par le marché dans le secteur privé, car la pérennité de ces organisations dépend dans une large mesure de considérations idéologiques ou d’affiliations politiques. Le développement de nouvelles visions et la mise en place de changements importants peuvent ainsi être presque indéfiniment repoussés à plus tard.

De nombreuses organisations actives dans la lutte contre la pauvreté ont pris conscience des carences de cette approche. Divers mécanismes et approches de l’apprentissage organisationnel ont été développés et mis en œuvre, mais ils n’ont cependant pas toujours donné les résultats escomptés.

Après avoir étudié plus d’une douzaine organisations d’aide, Ben Ramalingam constate que l’apprentissage n’est généralement pas un de leurs points forts. Même si des facteurs intrinsèques expliquent dans une certaine mesure cet état de fait, les organisations d’aide n’ont aucune raison de négliger ce domaine essentiel. Ben Ramalingam et Mousiliou Alidou (qui se place lui plus dans une perspective ouest-africaine) formulent d’ailleurs tous les deux un certain nombre de recommandations fort utiles pour améliorer l’apprentissage. Niels Keijzer propose un cadre conceptuel de cinq aptitudes de base que les organisations peuvent utiliser pour prendre conscience de leurs propres capacités et améliorer leur performance. Dans notre rubrique Opinion, David Ellerman avance que l’apprentissage requiert un débat ouvert, similaire à celui qui a habituellement lieu de nos jours dans les enceintes universitaires. Dans de nombreuses agences de développement, ces discussions sont souvent étouffées par les « vues officielles » sur des questions qui sont sans doute les plus complexes que l’humanité ait à résoudre.

Les auteurs des autres articles de ce numéro présentent d’intéressants exemples d’organisations qui n’ont pas hésité à relever les challenges posés par l’apprentissage collectif.

Malgré les nombreuses nouvelles approches de l’apprentissage apparues ces dernières années, un trop grand nombre d’agences de développement sous-estiment encore l’importance cruciale de l’apprentissage. Elles craignent que d’éventuelles évaluations négatives soient considérées comme des preuves d’échec, plutôt que comme de précieuses opportunités d’apprentissage. Par voie de conséquence, les pratiques non efficaces ou carrément vouées à l’échec sont reproduites sans cesse, car les groupes-cibles – à savoir les populations pauvres - n’ont généralement pas les moyens de se faire entendre.

Le véritable échec serait que les organisations de développement évitent toute évaluation rigoureuse et ce faisant, ne tirent aucun enseignement de leur action et répètent ainsi les mêmes erreurs.

Par Heinz Greijn, Rédacteur en chef.



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