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 Numéro  34 | Août 2008

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AGENCES D’AIDE ET QUÊTE DES CONNAISSANCES
Vérité et pouvoir ne font pas bon ménage

La récente National Intelligence Estimate des agences de renseignement américaines a conclu que l’Iran avait abandonné son programme nucléaire militaire en 2003.

Cette étonnante « exception qui confirme la règle » montre qu’il est possible pour une agence de renseignement suffisamment indépendante de parvenir à des conclusions factuelles allant à l’encontre des « vérités officielles » des détenteurs du pouvoir.

Au fil des siècles, le succès des sciences nous a beaucoup appris sur la quête des connaissances, et la manière dont la science est parfois corrompue par l’immixtion des détenteurs du pouvoir (quels qu’ils soient) convaincus de détenir la « Vérité ». A titre d’exemple, il suffit de citer l’URSS élevant les théories de Lyssenko au rang de doctrine officielle, ou Galilée traîné devant les tribunaux de l’Eglise.

Le pouvoir corrompt « l’écologie » des connaissances – les conditions dans lesquelles les connaissances croissent et se multiplient. Les détenteurs du pouvoir dans une organisation ont tendance à faire de leurs vues des « vérités officielles ». L’expérimentation, le débat et l’esprit critique sont restreints afin de rester dans les limites de la « sagesse officielle ».

L’esprit critique se résume ainsi à une formalité bureaucratique, la communauté des chercheurs en développement devient un club de clercs savants, et le débat libre et ouvert laisse la place à un idéal organisationnel de consensus, de complaisance et de conformisme intellectuel. Le résultat est alors la société que Kant appelle de manière satirique « l’idéal arcadien », où la nature des êtres humains s’apparente à celle des moutons qu’ils font paître.

L’université ne se pose pas en arbitre de la vérité, elle ne prend pas de « vues officielles ». Il n’y a pas de théorie officielle de Harvard ou d’Oxford sur tel ou tel sujet. L’université est en principe un lieu où des théories contraires peuvent être examinées et où des opinions divergentes peuvent se confronter dans un débat ouvert. Cela signifie une saine émulation intellectuelle au lieu d’une complaisance bureaucratique. Il semble donc qu’il n’y ait que peu de raisons logiques incitant une agence dont la mission est la promotion des connaissances sur le développement à adopter, de manière explicite ou implicite, des « vérités officielles » sur les questions les plus complexes auxquelles l’humanité est confrontée. L’on se demande alors - du moins l’auteur du présent article se demande - quelle partie de cette argumentation les dirigeants des agences de développement ne comprennent pas ou n’approuvent pas.

Des agences de développement efficaces

Les agences de développement devraient faire en sorte que leurs « clients » entendent les meilleurs arguments de part et d’autre, sur toutes les facettes des questions complexes et puissent ainsi prendre les décisions finales en toute connaissance de cause. Albert Hirschman a avancé qu’il était également impératif de « séparer clairement les échanges de vues sur les politiques économiques appropriées, du processus de fourniture d’aide en lui-même ». Il est essentiel que les clients soient réellement convaincus de l’utilité de l’apprentissage (en vue de la réforme et de l’amélioration de leur organisation), même si c’est sur la base de « vues incorrectes » (par ex. la Chine), et que les mécanismes d’apprentissage à partir de l’expérience par les clients et les agences fassent partie intégrante des projets.

Pour finir, il n’existe pas de recette miracle pour l’apprentissage, permettant de faire l’économie de la véritable confrontation des points de vue et de l’expérimentation locale – y compris au sein même d’une agence. Les détenteurs du pouvoir devraient faire leur la formule de Keynes soulignant que « personne n’aime les critiques. Et rien, si ce n’est un principe raisonné, ne nous conduit à nous y exposer volontairement ». Au lieu de désirer des « vérités officielles », les agences de développement devraient aspirer à une faillibilité autocritique ou à une humilité toute socratique consistant à admettre que l’on ne sait pas, et promouvoir ensuite, en vertu de ce principe raisonné, les processus de connaissances qui ont largement prouvé leur valeur, pour avancer dans la résolution des problèmes.



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