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 Numéro  34 | Août 2008

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BÂTIR DES ALLIANCES AU MEXIQUE
L’apprentissage collectif et la défense de cause
Sujets : Mexico

En 2006, après les élections au Mexique, 14 organisations de défense des droits en matière de sexualité et de procréation se sont rencontrées pour élaborer en commun des stratégies en vue d’une campagne de sensibilisation. Julián Portilla et Sylvia Aguilera reviennent sur ce processus d’apprentissage collectif.

Le Centro de Colaboración Civica (CCC) est une ONG souhaitant renforcer le changement démocratique au Mexique, par le biais du dialogue, de la collaboration et de la gestion des conflits. En octobre 2006, le CCC a facilité un séminaire pour quatorze organisations qui étaient sur le point de lancer une grande campagne de sensibilisation des ministères et organes gouvernementaux concernés, sur les questions liées aux droits en matière de sexualité et de procréation. Ces organisations ont d’abord procédé à une analyse du contexte politique, dont elles se sont ensuite inspirées pour développer leurs stratégies collectives. Dans ce processus, trois instruments se sont révélés particulièrement utiles.

L’instrument utilisé pour l’analyse du contexte était une « cartographie politique » présentant les positions des responsables dans les diverses branches du gouvernement en matière de droits sexuels et reproductifs. Les animateurs avaient préparé de brefs profils de chacun des groupes-cibles identifiés par les quatorze organisations. Ils avaient dressé la carte de leurs attitudes, sur la base de leurs votes antérieurs, de leurs prises publiques de position et lorsque possible d’interviews personnels. Les auteurs de la carte ne tiraient toutefois aucune conclusion.

Création de la grille de ciblage.

Les participants à ce séminaire devaient analyser cette carte, explorer des moyens de favoriser les objectifs du groupe et identifier les obstacles potentiels. Ils devaient également relever d’éventuelles surprises dans cette carte, par exemple des points de vue que l’on n’aurait pas attendus de la part de certaines personnes. Cette carte faisait ainsi apparaître les points où une intensification des efforts du groupe pouvait éventuellement donner des résultats positifs, et ceux où ces efforts étaient pour ainsi dire « perdus d’avance ».

Tout groupe ou réseau visant un objectif commun doit chercher à éviter la duplication des efforts, et identifier les disparités éventuelles au sein du groupe. Pour relever ces challenges, les facilitateurs ont conçu une simple grille dans laquelle les participants inscrivaient le nom de leur organisation en face des groupes-cibles de leurs activités.

Pour finir, le groupe utilisait une version abrégée de la méthode « Appreciative Inquiry » (AI) pour mettre en évidence les capacités de leurs organisations. Toutes les personnes présentes devaient réfléchir à un moment d’excellence dans leur travail, c’est-à-dire un moment où elles se sentaient particulièrement en accord avec leur mission et fières des résultats obtenus. Les participants se présentaient leurs exemples deux par deux, puis en groupes de quatre, puis de huit et de seize. Ils dressaient ensuite la liste des pratiques qui avaient rendu ces moments possibles.

Cet exercice a permis de mettre au jour de nombreux exemples de réussites dans des conditions politiques peu favorables, ce qui a contribué à « relativiser » la situation actuelle. Les participants ont dressé un inventaire collectif de leurs meilleures pratiques, qui a grandement renforcé la motivation à travailler ensemble pour relever les challenges.

Apprentissage collectif et défense de cause

Notre expérience dans la facilitation de ce processus d’apprentissage collectif permet de tirer un certain nombre de conclusions :

  • L’analyse collective peut générer un processus d’apprentissage qui ne serait pas possible dans d’autres cadres. Tous les participants ont pu élargir leur horizon et bénéficier des connaissances informelles de leurs confrères.
  • L’analyse du contexte est importante, mais elle est rarement effectuée. Ce séminaire a permis aux organisations de prendre le temps de réfléchir au contexte de leur campagne, et d’agir en conséquence.
  • Un document commun est utile pour structurer les discussions. Sans un tel document (dans ce cas : la carte) sur lequel se baser, les discussions risquent de devenir un interminable échange d’opinions, impossibles à ancrer dans une position commune.
  • Les préconçus doivent être systématiquement remis en question. L’établissement de coalitions indépendamment des divisions politiques est essentiel. Les idées préconçues quant à qui pourrait ou ne pourrait pas être favorable à telle ou telle opinion sont des entraves préjudiciables au rassemblement d’un large soutien.
  • Le scénario quant aux possibilités d’action est lui aussi important. Les idées peuvent devenir réalité sous le jeu de l’action (ou de la non-action), en fonction de ce que les gens croient. Lors de ce séminaire, le changement d’attitude au sein du groupe, après l’exercice « Appreciative Inquiry », était très manifeste, pratiquement « palpable ». Ce qui jusque-là semblait impossible, l’était tout à coup beaucoup moins !

Liens

Centro de Colaboración Cívica (CCC).

Collaborative for Development Action (CDA), Reflecting on Peace Practice project.



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